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Nov 29 2019

UNE RÉALITÉ PARTAGÉE : LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES EN AFRIQUE DE L’OUEST

Par Olivia Tchamba, Human Rights Program Officer
«Mon père m’a donné en mariage à l’âge de 12 ans, ma mère ne voulait pas mais elle n’a pas droit à la parole. Ma première grossesse a failli me coûter la vie, j’avais à peine 13 ans (…) ». C’est en pleurs que B.N., une jeune dame à Saraya dans la région de Kédougou au Sénégal partage ce récit de vie.

Cette grande souffrance qu’elle exprime ainsi, trouve écho dans le témoignage d’une autre victime à Banfora au Burkina Faso, qui dit: «A la suite du décès de mon mari, sa famille a voulu que je sois la femme d’un de ses frères, mais comme j’ai refusé, elle a saisi tous les biens de mon mari me laissant ainsi seule avec les enfants sans aucune ressources». Deux inconnus certes, mais des réalités de vie assez similaires. Les violences faites aux femmes et aux filles sont un fléau. A l’échelle mondiale les statistiques sont assez parlantes. Selon le rapport des Nations Unies, Les femmes dans le monde 2015 : des chiffres et des idées, 35 % des femmes, soit une sur trois, subissent des violences au cours de leur vie. En Afrique, la violence physique à l'égard des femmes est particulièrement élevée. Près de la moitié des pays ayant contribué à ce rapport ont signalé une prévalence supérieure à 40%. Dans le cadre d’un projet visant à contribuer à la prévention et l’élimination des violences basées sur le genre dans 3 pays cibles, notamment, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso, la Fondation TrustAfrica a commandité des études exploratoires dans lesdits pays. Ces recherches ont permis de mettre en exergue les formes de violences faites aux femmes mais également leur ampleur ainsi que les causes qui les soustendent. Elles contribueront également à orienter les investissements, les activités de plaidoyer et d’autres interventions de TrustAfrica dans cet espace.

A l’analyse, on note des similarités fortes concernant les formes de violences auxquelles les femmes font face dans ces pays. La violence physique est bien présente. Elle est suivie par les violences sexuelles, les violences morales ou psychologiques, les violences conjugales, les violences économiques et les violences sociales qui se manifestent entre autres par les mutilations génitales féminines, le mariage forcé et le mariage précoce, ainsi que la répudiation. Au Burkina Faso, on note aussi de nombreux cas d’exclusion pour allégation de sorcellerie. En cas de décès dans les familles, les causes sont souvent recherchées. Dans la plupart des cas, l’on accuse une personne d’en être responsable. Cette personne est alors qualifiée de sorcière (mangeuse d’âme). Dans la région du Nord, ces cas sont fréquents et le plus souvent ce sont les femmes qui sont accusées. La conséquence est l’exclusion sociale. Les violences physiques constituent avec les violences sexuelles les formes les plus pernicieuses du fait de leur impact sur l’intégrité des individus et des conséquences pour leur santé. Par ailleurs, l’on constate que le cadre conjugal et familial constitue le principal lieu de production de la violence. La violence est subie, entre autres, par les épouses, les sœurs, les personnes socialement défavorisées.

LES CAUSES PROFONDES DES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

Sous toutes leurs formes, les violences faites aux femmes sont symptomatiques de la marginalisation sociale, politique et économique dont elles sont victimes. Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, ces violences traduisent des inégalités et disparités entre hommes et femmes, qui tiennent leur origine du système social basé sur le patriarcat. Ce système crée et perpétue des mauvais préjugés et stéréotypes sociaux envers les femmes. Les pesanteurs socio-culturelles encore tenace, notamment les pratiques traditionnelles et coutumières néfastes contribuent elles aussi à accroitre les violences faites aux femmes dans les communautés. Au nombre de cellesci, on peut mentionner la pratique des mutilations génitales féminines et le mariage précoce.

Dans son 16ème rapport sur la situation des jeunes filles intitulé « libérons le pouvoir des filles », publié en 2017, l’ONG Plan International Sénégal note qu’au Sénégal, une fille sur trois (1/3) est mariée avant l’âge de 18 ans. En milieu rural, la prévalence est d’une fille sur deux (1/2) tandis qu’en milieu urbain elle est d’une fille sur cinq (1/5). On observe une hiérarchisation sociale qui prend racine dans la tradition, l’interprétation qui est faite de la religion et certaines valeurs culturelles. «Selon notre tradition, la femme est comme une propriété privée de l’homme qui en fait ce qu’il veut». Cet extrait d’entretien lors d’un Focus groupe de Jeunes garçons à Houendé au Burkina Faso, illustre la perception et l’ancrage de cette réalité sociale. Le poids de ces normes sociales sur les individus constitue un obstacle pour l’émancipation de la femme. Durant tout le processus de socialisation la femme acquiert des valeurs et normes sociales et est amenée de façon tacite à intérioriser une posture dans laquelle la violence basée sur le genre trouve  ses origines. D’autres facteurs viennent favorisés ou contribuer à la pratique des violences faites aux femmes. Il s’agit notamment de la pauvreté (dépendance économique des femmes) et l’analphabétisme des populations concernées, la méconnaissance des droits de la femme et le silence complice des femmes.

LA CULTURE DU SILENCE

Les femmes victimes de violence adoptent une attitude de silence et souvent d’isolement. Les raisons sont entre autres : la peur de la sanction sociale, la méconnaissance des institutions et des lois ainsi que le manque de confiance dans les institutions et la prise en charge des cas. Cette méfiance envers le système juridique et judiciaire se traduit dans les propos d’une victime de Arbollé au Burkina Faso : «Si les lois nous protégeaient, les violences seraient rares (…) Comme la femme n’est pas trop considérée, elle se résigne». Par ailleurs, certaines institutions ne sont pas accessibles à cause de l’ignorance ou de l’analphabétisme des victimes. Face à la stigmatisation sociale, de nombreuses victimes de VBG préfèrent souffrir en silence plutôt que de les dénoncer. Compte tenu des risques encourus, la médiation interne, au niveau familial voire communautaire est beaucoup sollicitée selon la nature du problème. Quand le type de violence semble toucher l’intimité des individus ou l’image familiale, le silence pour certains semble être la solution. De plus, de nombreuses victimes vivent cette violence comme une normalité et la banalise, ce qui explique les faibles taux de dénonciation constatés. En décembre 2018, Ndèye Saly Diop Dieng, la ministre de la Femme, de la Famille et du Genre du Sénégal affirmait que 68 % des Sénégalaises n’osaient pas parler des violences qu’elles subissaient.

COMMENT FAIRE BOUGER LES LIGNES ?

Les normes sociales sont établies et acceptées, enfouies dans le subconscient des victimes et des auteurs de la violence, ce qui rend la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes plus difficile et ardue. Toutefois, ces normes sociales peuvent être inversées. Les données existantes, à petite échelle, confirment que des interventions combinées, adoptant une approche tenant compte des normes sociales, s’attaquant aux inégalités structurelles entre les sexes et à la violence sexiste, ont le potentiel de prévenir les violences faites aux femmes et d’influencer positivement l’accès à l’autonomisation économique des femmes. En vue de contribuer à la transformation des normes sociales néfastes et renforcer la prévention et la réponse à ces violences lorsqu’elles se produisent, il importe de mettre l’accent sur l’inclusion d’une diversité d’acteurs (les gouvernements, la société civile, les autorités locales, coutumières et religieuses, les partenaires au développement, les médias, les populations concernées et les institutions inter-gouvernementales) pour accompagner les interventions ciblant certains domaines clés. TrustAfrica entends accompagner les efforts nationaux dans les trois pays couverts par son Projet sur la prévention et l’élimination des violences basées sur le genre.

En collaboration avec les partenaires de la société civile locale et internationale, TA contribuera à intensifier les efforts qui ciblent les normes de genre néfastes. L’organisation table sur une stratégie de sensibilisation et de communication ; éduquer les jeunes, les femmes et les hommes par le biais d’initiatives de changement comportemental et de programmes communautaires. Ces programmes visent non seulement à remettre en question ces normes de genre préjudiciables, mais également à développer des comportements de genre équitables, de même que des mécanismes de protection efficaces. Ils se fondent sur une approche de droits humains. Par ailleurs, des interventions seront menées en vue de contribuer à une meilleure compréhension, par les communautés, principalement les victimes, des cadres juridiques et judiciaires existants en vue d’y avoir recours le cas échéant. Un troisième volet est relatif à la recherche-action en vue de combler le manque de données, améliorer la compréhension des pratiques et faciliter le plaidoyer pour l’adoption de politique et cadre juridique fonctionnel ; la ratification et l’adoption des textes internationaux et l’harmonisation des textes nationaux avec les conventions et traités internationaux signés et ratifiés. La lutte contre ce fléau passe également par la mobilisation sociale au niveau national, sous régional et international. Nous pouvons compter sur plusieurs campagnes internationales dont « Les 16 jours d’activisme pour mettre fin à la violence faite aux femmes » qui débute le 25 novembre de chaque année et prend fin le 10 décembre, au cours de la Journée Internationale des droits de l’homme. Cette campagne représente une opportunité pour tout un chacun de prendre action en faveur de la lutte contre les violences faites aux femmes. Ces moments de sensibilisations, de partage de connaissances et d’innovations permettent de met

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